jeudi 3 mai 2007

Galactica story

Départ précipité du SUD, à quelques pas de la terre de feu, nous avalons en quelques heures les 2700 km que nous avons mis 2 mois à parcourir. A travers le hublot, nous survolons glaciers et volcans qui paraissent minuscules à présent. Un poil de nostalgie s'est déjà installé en nous à l'idée de couper court à cette vie de vagabondage, mais de retour à Concé, nous retrouvons les bonnes têtes de nos comparses J.B et Charlotte et des électrons libres de la communauté Maipu qui gravitent autour d'eux.











On vous laisse juger celui des deux qui a l'air le plus benet. Nous ne prendrons aucun parti.






Et puis nous avons un autre projet en tête: acheter une camionette, afin de s'affranchir du manque de liberté imposé par le voyage en bus, des aléas (pas toujours détestables cela dit) du stop et des contraintes liées à la recherche de camping ou d'auberge réitérée à chaque nouvelle étape. Un petit tour à Santiago s'impose donc. La capitale et ses 4.7 millions d'habitants sont en effervescence: le remaniement totale et brutal du réseau de bus provoque le chaos dans le rues. Là où, il y a encore à peine quelques jours, les usagers pouvaient arrêter d'un signe de la main n'importe quel bus à n'importe quel endroit, monter dedans, payer leur trajet et se faire déposer là où ils le souhaitaient, nous observons à présent des files d'attente interminables d'usagers faisant grise mine, leur nouvelle carte d'abonné à la main ou autour du cou. Du jour au lendemain, des lignes ont été supprimées, le nombre de bus restreint, des arrêts ont été définis et un nouveau mode de paiement a été instauré, calqué sur un modèle occidental. Du coup, le métro est saturé, seuls les chauffeurs de taxi y trouvent leur compte. Les étudiants organisent des manifestations réprimées à coup de lance d'eau et de bombe lacrymo, les magasins ont tiré leur rideau de fer, les quidam qui ont eu la malchance de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment s'essuient encore les yeux et se mouchent bruyamment. Spectacle tragi-comique...
A quelques quadras des grosses artères bouillonnantes, les joueurs se disputent l'échiquier sous le square de la place des armes. Le musée d'art pré colombien retrace 4500 ans de culture indigène et regorge de trésors venus d'un autre temps. Entre traditionnels et divers plats, bracelets, petits vases, grands vases, on circule entre momies, statues de bois ou de pierre géantes, témoins de croyances et de rites mystérieux, de l'art de la médecine, de la guerre, de la religion... L'exposition temporaire est consacrée aux chapeaux et aux coiffes de ces cultures: montre moi ton chapeau et je te dirai qui tu es...
Pendant nos balades dans les marchés bouiboui qui vendent de tout à n'importe quoi en passant par l'inutile et dans le quartier bohème, nous faisons halte dans l'obscurité d'une salle de cinéma où nous nous plongeons le temps d'un documentaire dans le voyage délirant des sonic youth et de nirvana en tournée en Europe.

Il est temps de passer aux choses sérieuses et de dénicher notre futur chateau ambulant.
Il est là, tapi dans un petit garage de la banlieue sud.


On vous passe les détails de négociations, de paiements et de notaire pour enregistrer la transaction.



Nous voilà au volant du Galactica, vaisseau intersideral, direction Concepcion.



Le bus met 6h30 a effectuer le trajet, nous on mise plutôt sur 8 heures. C'est sans compter la pause forcée de 2 heures à une station d'autoroute, attendant patiemment que l'engin veuille bien redémarrer. On se voyait déjà obligés de passer notre première nuit sur le parking de la station. L'incident se réitère quelques jours plus tard quand nous décidons de partir sur la côte avec toute la communauté de Maipu:

De gauche à droite: Coco chef de la tribu, Isaul fils premier surnommé spider man et sa copine Paula, Marie, Charlotte et JB, manquent Tahia fille deuxième et Vadim dernier né, ainsi que Neils et Caty.


Heureusement le chilien ne te laisse pas tomber et voilà vincent et JB partis faire le tour de Tomé, le Galactica accroché à une voiture pour tenter de la faire démarrer. Sueurs froides: on n'a pas encore d'assurance et vincent était à deux doigts de défoncer l'arrière du véhicule de notre généreux bienfaiteur! Mission réussie, nous pouvons décoller et profiter du littoral, escalade pour Isaul, JB et Vincent, nouvelle montée d'adrénaline.



















Retour sans incident. Et pourtant, au fil des jours qui passent, le Galactica nous donne du fil à retordre. Nous avons un mal fou à obtenir les documents nécessaires pour conduire en toute légalité, formalités administratives qui jouent avec nos nerfs, c'est à croire que rien ne peut être simple. L'ancien propriétaire ne s'est pas acquitté d'une amende de 500 francs et pour faire une déclaration de décharge, il faut retourner à Santiago, ce qui reviendrait quasi aussi cher. Donc, renseignement pris auprès de Félipé, ami avocat de JB et Charlotte, la seule solution pour faire avancer la paperasse est de payer cette foutue amende. Entre le papier jaune qu'on n'a pas et le notaire qui n'aurait pas écrit la phrase absoluement indispensable au dos de la compraventa, on arrive tant bien que mal, grâce au soutient de Félipé, à se faire entendre auprès de la bureaucratie qui nous délivre enfin les précieux documents. Libérés de ce poids, on propose à JB et Charlotte de mettre le Galactica à contribution pour leur déménagement. Ils partent enfler la Maipu communauté et s'installe dans une maison. Au jour dit tout le monde est sur le qui-vive, JB et Charlotte ont descendu tout leur carton et n'attendent plus que le Galactica pour charger, qui lui est resté bloqué à Maipu, pas moyen de le démarrer! Décision prise de l'envoyer au mécano, JB et Charlotte ont heureusement un planB. 2-3 pièces sont changées, il repart bien, le moral est au beau fixe, nous entamons un aller retour pour assurer le transfert de matelas, et là, il nous lache de nouveau, sur l'avenue O'Higgins, le boulevard Foch d'Angers, à 19h30, là où la circulation est intense et la nuit déjà tombée, sous la pluie. Même en imaginant le pire, ce scénario est au-delà de toutes nos espérances. Nos vaillants JB et Vincent, les chevilles dans la flotte, poussant le mastodonte, se faisant klaxonner à tout va, s'est souviendront. Second séjour prolongé chez le mécano qui remt le combi sur pieds. Nous l'installons dans l'allée de chez Coco et travaillons d'arrache pied pendant 2 semaines pour rendre l'intérieur habitable. Grand ménage pour faire disparaitre la couche de crasse qui tapisse les murs, isolation climatique avec de la mousse, passage en mode coloré, étalement d'une moquette moelleuse, construction d'un sommier pliable et solide, construction et installation de rangement, installation d'un matelas pliable commandé sur mesure, pose de rideaux, achat d'une lampe et d'une glacière.


































Crémaillère intimiste avec le clan Maipu pour les remercier de leur accueil (les pauses café chez la coco en plein travail de mosaique), de leur aide (Neils t'as pas une clé de 12? Paula t'as pas une pince? Tahia t'as pas une règle? Coco on peut squatter ton atelier?) et de leur patience (quoi, JB, t'as besoin de ta perceuse?).




ON THE ROAD AGAIN, direction Chiloe, le long de la côte, temps superbe, on retrouve la magie des grands espaces naturels. Inauguration de notre première nuit sur la plage (rien à voir avec la station d'autoroute!) et au matin, la porte latérale s'ouvre sur une plage de sable noir aux reliefs incongrus, baignée par un océan agité. Un couple mène son troupeau de vaches au paturage, réveil peinard...







Reprise de la route avec quelques moments plus difficiles: chemin caillouteux, nids de poule, travaux, boue,... Mais le glactica tient la route jusqu'à Puerto Varas où nous retrouvons Pablo qui nous avait déjà hébergés 2 mois plus tôt, les retrouvailles sont bonnes!







Toujours aussi bornés, on décide de passer la journée du coté du volcan Ossorno que nous n'avions pas pu approcher lors de notre dernier passage faute de véhicules et de soleil. Cette fois, ON IRA! A mi chemin, c'est le voyant d'huile qui se met à clognoter dangereusement; donc on redescend 10km plus bas remettre le niveau à niveau. La seconde ascension est bien plus fructueuse, à 1400m d'altitude, la brume rend le paysage volcanique envoutant.










Le sentier des cratères nous offre des vues surprenantes.. On est seuls au monde, les pieds dans la roche volcanique et la neige; la tête dans la brume.















Après cette ascension de vainqueurs, nous poussons jusqu'aux chutes de Petrohué. Dans un vacarme sonore et une eau transparente, les saumons font du sur place.
Retour à Puerto Varas un peu difficile vu que le Galactica ne veut plus avancer!!! Vincent commence à perdre son sang froid.... On finira le trajet en dépanneuse et on passera 2 jours de plus chez Pablo, le temps de s'assurer que ce genre de petit contretemps ne se reproduise plus.

Arrivée vendredi à Castro, ile de Chiloe, où la cabana nous attend, ya juste à allumer le poêle et nous voilà chez nous.


Depuis, j'attends un signe du responsable de mon projet....
et on se la coule douce.




lundi 26 mars 2007

suite et fin de la Carretera Austral

A Cohaique, près de la moitié de la population de la région vit (50 000 hab.), c'est donc le lieu où se poser quelques jours pour se laver, faire une lessive (ça devenait urgent), se débarrasser d'un surpoids inutile dans les sacs à dos et se munir de vêtements plus chauds. Après une halte et malgré les nombreuses difficultés: voitures rares, chemin chaotique, temps incertain et pluie menacante, incertitude du lieu d'arrivée, nous décidons de tenter la descente de la Carretera Austral jusqu'au bout en stop, car c'est pour nous le moyen de transport le plus en adéquation avec la vision de notre voyage: toutes ces incertitudes nous guident au hasard des rencontres humaines et des paysages avec plus de magie et d'authenticité que d'enchainer terminal de bus sur terminal de bus, avec les contraintes horaires et pécunières que cela implique.

Notre flair ne nous a pas trompés: de Cohaique à Cochrane, nous sautons de véhicules en véhicules pour atterrir 330 km plus en bas en à peine 10 h, sachant que le bus plus au nord met 10 h à desservir 430 km, vu l'état de la route. On peut à l'arrière d'une camionette, en plein vent, admirer le paronama sur 360°; se taper en brin de discussion avec le conducteur; rester bien peinards au fond d'un fourgon; prendre des photos quand le conducteur propose un arrêt... toutes les options sont les bienvenues. A flanc de coline (de Cordillère), la route oscille entre sommets enneigés, glaciers, lacs et rivières. Nous longeons le rio Baker, le plus grand fleuve Chilien et le plus puissant également: le projet d'y installer 4 centrales hydroélectriques soulève pas mal de polémiques dans la région car beaucoup d'associations de défenseurs de la nature s'y opposent; pourtant il semble une fois de plus que le pouvoir de l'argent mettra à mal les conscienses écologiques...

Le lendemain, la Carretera Austral va se montrer plus hostile: malgré un bon départ, les 40 km qui nous reste à parcourir sont des plus galère: les voitures se raréfient, nous marchons plusieurs heures, sous une pluie incessante, nous obligeant à revêtir nos capes "sacs poubelle" et les Chiliens nous voyant ainsi trempés guennés avec notre dégaine de sac d'ordures ménagères, opèrent spontanément un tri sélectif: visiblement, on s'est gourrés de couleur de sac. Finalement on est ramassés et déposés à Caleta Tortel (photo ci-jointe), village hallucinant de 550 habitants, classé monument national. Y a de quoi!
Isolée dans les profondeurs de la patagonie chilienne et construite à flanc de collines autour d'une baie tranquille du Pacifique, Tortel était uniquement accessible par bateau jusqu'en 2003. Une route conduit désormait au patelin mais les véhicules doivent rester sur le parking à l'entrée car seul un labyrinthe de passerelles et d'escaliers en bois permet de circuler à l'intérieur du village. Ca monte, ca descend, ca glisse...


Le lieu dégage une atmosphère mystérieuse de par son isolement géographique, son taux élevé de pluviométrie (il pleut toute l'année quasi tous les jours) et sa construction si pittoresque, c'est à se demander qu'est-ce qui a bien pu motiver les gens à venir s'installer dans ce trou.

Hector, un restaurateur, nous donne quelques clés et nous dévoile la face cachée de ce hameau a priori si paisible et charmant: quelques familles s'engrossant par consanguinité détiennent le pouvoir underground de Tortel, ce qui entraine quelques conflits décisionels, mésententes et rivalités, comme si des gangs consanguins (photo ci-jointe de la reine des consanguins, Maria Feliz) se disputaient le corum au sein de la populace.
Le kiosque touristique et l'office de tourisme quasi fantomatiques, nous fournissent des renseignements évasifs et à nos yeux enigmatiques, on commence à comprendre que quitter ce trou semble relever de l'hypothético-illusionisme.





Au resto d'Hector, nous invitons le seul individu présent à manger à notre table: José photographe Chilien (photo ci-jointe), quitte les lieux dans quelques heures avec son véhicule, il propose de faire un détour de 20 bornes (1h de trajet!) pour nous déposer à notre prochaine étape. On saute sur l'occasion pour se retrouver à Puerto Yungay , passage obligatoire pour continuer notre route.







Nous quittons l'isolement de Tortel et atterrissons une nouvelle fois dans un néant intersidéral où vivent une poignée de militaires et une seule famille Papa Mamam y Damary 4 ans (photo ci-jointe). C'est pas compliqué pour savoir à qui s'adresser pour connaitre les horaires du ferry, le lendemain. Ils ont tout prévu, ils louent même de quoi se loger. On y passe la nuit, ce qui engendre une augmentation de la population d'environ 1/5 ème!

Tout ici impose le respect face à la nature, on se sent bien petits voire vulnérables face à l'énormité des paysages. Le caractère hostile et intransigeant qu'impose la Carretera Austral pour se déplacer et y vivre renforce notre envie de parcourir ce joyau brut et abrupt.

En attendant le ferry, nous nous attelons à trouver un conducteur qui pourrait nous déposer à Villa O'Higgins, 100 km plus loin après la traversée en bateau, persuadés que tous les véhicules présents s'y rendent, vu que c'est le seul patelin existant sur ce tronçon de route. Grosse désillusion: soit ils ont pas de place, soit ils vont bosser dans la forêt soient ils mentent! On traverse tout de même, transpercés de nombreux doutes quand à notre arrivée à Villa O'Higgins le soir même, convaincus qu'il va nous falloir effectuer les 100 km à pied. Notre infime espoir réside dans la possibilité qu'un véhicule débarquant avec le second ferry dans l'après midi veuille bien nous prendre. Une fois de l'autre coté, grâce aux autochtones, nous arrivons à avancer d'une trentaine de Km, pour nous c'est une journée de marche de gagné sur les 4 qu'on commence difficilement à envisager... Donc on avance, esseulés dans ces reliefs, les heures passent vite, les kilomètres moins. Pause déjeuner au bord d'un ruisseau qui fournit l'eau pour les pâtes, la cascade et la faune environnante comme seule compagnie. L'eau bout, nous percevons un lointain bruit de moteur: véhicule? hélico? mirage? Nous ne savons plus très bien. Un camion blanc fait surface, pour nous c'est peine perdue, on leur a déjà demandé, ils sont deux, pas de place pour nous, on retourne aux fourneaux, tranquillement assis sur nos pierres. Le camion s'arrête, nous demande des nouvelles, ils blabatent entre eux, et là l'improbable se produit: ils nous proposent de cheminer avec eux jusqu'à Villa O'Higgins.

On sait pas trop où ils vont nous caser mais c'est le branle-bas-de combat: on jette la flotte, on remballe tout en 30 secondes et nous nous retrouvons à l'arrière du camion, coincés entre matelas, cartons et bidons de fuel, avec pour seules lumière et vue sur l'extérieur des mini fenêtres grillagées. Notre seul moyen de communication avec nos super héros batman & robin est de taper contre la paroi de la batcamiobil. Ballotés de tous les côtés et aggripés à notre pauvre grillage, on traverse des paysages de plus en plus psychédéliquement indescriptibles.... On finit par s'empaffer sur nos sacs, entre 2 caisses car malgré l'inconfortabilté du cametard, le côté usant de la Caretera Austral reprend ses droits.

Quand on émerge on est à Villa O'Higgins, on descend du camion et on se retrouve nez à nez avec un cheval en liberté, à l'entrée du village pommé au bout de la Caretera Austral. Il nous faut bien une bonne dizaine de minutes pour retrouver nos esprits, puis partir en quête du mosco, une hospedaje qu'on nous a chaudement recommandée à deux reprises. On pose nos sacs et on part directement s'informer auprès de l'office du tourisme et de l'agence de bateau pour savoir comment enchainer notre périple. Villa O'Higgins est la dernière "ville" de la Carretera Austral, les deux seules alternatives que nous avons est soit de rebrousser chemin, soit de traverser le lac O'Higgins (le plus profond du pays: 900 mètres) puis de marcher une vingtaine de kilomètres avant de traverser le lago del Desierto pour ensuite retrouver une route argentine jusqu'à El chalten. Bien évidemment, fous amoureux et mazo de cette région, on n' a pas du tout envie de rebrousser chemin; d'ailleurs, on était bien informés, nous savons que le bateau effectue la traversée du lac O'Higgins les mercredis et samedis. On est mardi, tout va pour le mieux.
Et pourtant, jusqu'au bout, la Carretera Austral se montre des plus attachantes: depuis une semaine, on est en basse saison, ya plus qu'un seul départ par semaine, évidement le samedi. Nous voilà donc coincés ici pendant 3 jours! Au mosco, on se retrouve avec Jorge le gérant, un espagnol tombé amoureux du coin, et Bruni, sa compagne. Michel, français exilé depuis 20 ans sur le continent américain à la quête du plus beau saumon et du "chacun vit sa vie" et Marissa, sa compagne argentine. Ya aussi Michelle, réunionnaise, qui enchaine contretemps sur contretemps, elle aussi se retrouve bloquée ici comme nous après avoir poirauté 3 jours à Tortel, car bien qu'ayant une réservation de bus pour en sortire, il n'est jamais venu la chercher (il semble que l'on vous a déjà dit que c'était balaise dans sortir!).

On profite de cette pause forcée pour partir à la rencontre de paysages inlassablement fantastiques.




Le mercredi nous partons à la conquète d'un sentier toujours pour nous seuls surplombant la vallée, avec vue imprenable sur les glaciers Huemul et Mosco, les lagunes... Rien à ajouter, vous y êtes pas, "vous pouvez pas comprendre".









Le jeudi, une nouvelle aventure nous attend, direction le glacier El Mosco avec Michelle. Au programme 3h 1/2 pour accéder au refuge où nous dormons puis le lendemain debout de bonne heure pour aller jusqu'au glacier et revenir au village. C'est lassant à dire mais pas à voir, les paysages sont vraiment intraitables avec nos pupilles. Malheureusement nous n'irons pas jusqu'au glacier car le passage est bien trop technique pour nous. Néanmoins nous effectuerons par chance des rencontres imprévues avec quelques animaux du coin (le huemul: sorte de cerf et le cabure: petit rapace de 20 centimètres).





Le samedi départ en bateau pour Candelaria Mansilla, on attend ça depuis mercredi. Vu que désormais on n'est pas à 1/2 journée près et que le temps est avec nous, on décide de prendre part à l'excursion en bateau avec lequel nous avons embarqué (plus une dizaine de personnes) et qui fait un détour par le glacier O'Higgins .


Et là......!!! Ca sert plus à rien de décrire, pour nous on s'est retrouver à contempler le plus beau paysage de notre petite vie, zigzagant entre les icebergs, on a approché le glacier à 500 mètres et déjà il paraissait monstrueux. Vieux de plus de plus de 10 000 ans, ce monstre de glace est désormais en récession à cause des changements cliamatiques, comme tous les autres glaciers du monde. Haut de 80 mètres, et profond de 550 mètres, il couvre sur une étendue de 80 km jusqu'au Pacifique, ce qui lui confère une superficie de 3 000 km2, autant dire qu'on en prend plein la vue et qu'on est désormais persuadés que ce moment nous accompagnera de nombreuses années.


Après cette aventure, nous débarquons en fin de journée à Candelaria Mansilla, où une nouvelle fois, vivent seulement Papa, 93ans, Maman, 80ans et Ricardo, 40ans et 4 carabineros qui s'occupent du contrôle des passagers traversant la frontière chilienne.
Nous y logeons pour la nuit et négocions avec Ricardo pour qu'il emmène à cheval nos sacs à dos jusqu'au poste frontière argentin, 22 km plus loin, tandis que nous ferons le chemin à pied, 6 heures de marche, une bagatelle pour nous désormais. Nous effectuons le parcours de plus en plus seuls au monde, de bon rythme, s'enfoncant au coeur de la Patagonie sans savoir si nous suivons le bon chemin étant donné le balisage déplorable... On n'arrive au bout, devant le lago Del desierto:


et la douane argentine, il est 16h30, le bateau est à 18h, tout va bien. Peinards et soulagés d'être arrivés, nous allons sagement faire tamponner nos passeports, et là, perdus au milieu de rien, les carabineros argentins nous expliquent gentiment mais fermement qu'ils ne peuvent pas nous laisser passer car on n'a pas le tampon de sortie du territoire chilien. On est dégoutés, nos forces nous lachent, on comprend seulement maintenant qu'on a zappé le poste frontalier chilien, 22 km en arrière. Toutefois, le bateau de 18 heures qui devait nous emmener nous, Michelle plus 2 cycliste autrichiens, ne passera pas ce soir à cause du mauvais temps. Dans le speed, aucun autre choix ne s'offre à nous sinon que de rebrousser chemin avant la tombée de la nuit. A première vue c'est irréalisable, nous nous organisons rapidement: Marie rebrousse chemin avec Ricardo à cheval tandis que Vincent, grand seigneur des marathons patagoniens, utilise le reste de ses forces pour tenter de rallier les 22km en courant après les 6 heures de marche que nous venons de nous taper.... ( il y arrive en 1heure "non c'est pas vrai"). Par chance on est au Chili, Ricardo ne nous laisse pas tomber et retrouve à mi-chemin son troupeau de chevaux paturant en liberté. Le temps d'en arnacher un pour Vincent, nous effectuons le reste du trajet tous les 3 au petit trot, ce qui vaudra à Vincent quelques brulures aux fesses et de nombreuses contractures dorsales. On arrive en 2 h 30 à l'hospedaje, trempés guennés, sans aucune fringue de rechange, nous réussissons à faire tamponner nos passeports avant la tombée de la nuit. Quand on revient dans cette famille, on pue, surtout des pieds, la mamam nous prète ses paires de chaussettes propres. Nous dinons en famille, c'est l'anniversaire de Ricardo, grand moment de plaisir dans cette journée si difficile.

Néanmoins, au petit matin il nous faut repartir afin d'atteindre au plus vite la frontière argentine, afin d'obtenir notre autorisation de sortie et pouvoir traverser le lago Del desierto. Nous effectuons selon Ricardo un des records des 22 km avec touristes, traversant forêt, ruisseaux,... Trot, galop, tout pour démonter voire même finir le corps de Vincent (sa dernière petite chevauchée remonte à l'âge de 12ans).

Au poste douanier argentin, Michelle et les autrichiens sont toujours là, eux ont dormi chez les carabineros, on a juste le temps de récupérer nos sacs et de sauter dans le bateau qui nous emmène de l'autre côté du lago Del Desierto (on comprend mieux maintenant pourquoi il s'appelle comme ça). Un bus nous attend, quelle surprise! Désormais, on est rodés avec les changements de programme imprévus et toutes les connexions semblent incertaines.
On arrive, toujours puants, à El Chalten, pas moyen de retirer des pesos argentins donc on décide de nous bouger au plus vite, direction El Calafate. Ici coté argentin, on hallucine: on vient de débarquer dans un autre monde, notre vie de cajuns est brutalement stoppée: ça pue le touriste, tout est préfabriqué. A peine sortis de Mad Max on se retrouve en plein coeur de Disneyland, le choc pour nous est violent.

Nous tentons quand même l'aventure vers El Perito Moreno, le glacier du coin. Seule alternative pour les voyageurs que nous sommes: prendre un bus touristique, cher et bondé de touristes. Nous nous retrouvons devant une autre merveille du monde, avec un nouveau goût jusque là inconnu: l'amertume: l'organisation touristique. Quand un bloc de glace se décroche du glacier pour fondre dans la mer et former un iceberg (une merveille), notre cher public d'étrangers s'extasient de plaisir, frappant dans les mains et poussant des Waouh à tout va, comme si on était devant un spectacle de Donald et Mickey qui s'enculent.






Rien de tel pour nous decevoir, tant la Carretera Austral n'était pas un ennemi mais un ami (silence, la nature vit). Nous repartons au plus vite direction Puerto Natales, en pleine nostalgie des paysages sauvages que nous avons traversés. Nous réservons un vol direction Concepcion, mettant un terme à notre quête du Sud, préférant écouter notre flair infaillible qui nous suggère fortement de se barrer de ce piège à cons. Nous sommes de retour à Concepcion depuis dimanche, ne vous inquiètez pas on a encore de nombreux plans baroude sous le coude....